De l’assistance numérique pour les personnes âgées

Dans le n°2 de décembre 2013 de Parlons Action Sociale, nous vous présentions "DomAssist", le projet d’une équipe de chercheurs bordelais qui travaille sur la compensation des difficultés cognitives des personnes âgées.
Charles CONSEL en charge du projet, Professeur des Universités à Bordeaux INP, Responsable de l’équipe "Phoenix" à l'Inria, répond à nos questions.

En quoi consiste votre travail ?

CC : Avec une quinzaine de personnes, nous travaillons sur de l’informatique d’assistance, la combinaison entre support numérique et approche centrée autour de l’assistance à la personne. Notre équipe multidisciplinaire comprend des spécialistes en neuropsychologie, en sciences cognitives et évidemment en informatique.

D’où vient le projet DomAssist ?

CC : DomAssist repose sur une technologie qui s’appelle DiasuiteBox. Cette plateforme a pour but d’orchestrer des objets dits « communicants » : des capteurs et actionneurs matériels, comme des détecteurs de mouvements, ou des services logiciels, comme des calendriers partagés.

Il y a quelques années, j’ai rencontré des personnes travaillant sur le vieillissement et je me suis dit que cette technologie pourrait les aider. On a alors commencé à travailler avec ces spécialistes. Sur les bases d’une analyse des besoins d’assistance des personnes âgées, on a construit avec eux tout un catalogue d’applications d’assistance dédiées aux besoins de ces personnes. 

Concrètement, que propose DomAssist ?

CC : C’est une plateforme d’assistance aux personnes âgées qui couvre 3 volets :

  • La sécurité de la personne et du domicile avec des chemins lumineux, un avertisseur si la porte est restée ouverte, etc.
  • L’assistance aux activités du quotidien comme la prise de repas, l’habillement ou la toilette.
  • Et le lien social. Ce dernier volet est très important car c’est un élément clé dans la stimulation des relations sociales.

Concrètement, nous avons développé un logiciel courrier électronique dont l’ergonomie a été étudiée pour les personnes âgées et les fonctionnalités d’une tablette tactile. Une véritable valeur ajoutée à l’outil.

Quels sont les avantages de DomAssist ?

Nous nous démarquons véritablement de ce qui peut se faire sur le marché. Si on prend un pilulier connecté, par exemple, ce pilulier va demander une technologie particulière. Et à chaque nouvel objet, l’utilisateur devrait apprendre une nouvelle technologie. A l’inverse, DomAssist intègre tous les objets dans la plateforme. L’apprentissage se réduit ainsi à un seul outil.

L’avantage de notre outil est qu’on peut personnaliser les applications et les décliner selon les besoins. Par exemple, pour la prise de médicaments, on peut avoir un suivi rigoureux pour une personne moins autonome et avoir un suivi plus léger pour les autres.

Avec DomAssist, nous sommes dans une approche systémique. En effet, on prend en compte la personne et son environnement social, les aidants familiaux et les aidants professionnels. Ces derniers sont formés et peuvent s’approprier la technologie.

Le tout ayant été conçu avec l’ensemble des acteurs du domaine, tout le monde est partie prenante de cette innovation.

Comment ça fonctionne ?

Chez les usagers, DomAssist se matérialise par la mise en place de deux tablettes :

  • 1 tablette principale alerte la personne sur des situations inhabituelles, dangereuses ou tout simplement sous forme de rappel. Il y a un véritable lien entre la tablette et la personne.
  • 1 tablette réservée au lien social. On y trouve des jeux collaboratifs, des annonces, le logiciel de courrier électronique, Skype pour faire de la visio-conférence...

Le déploiement se fait d’abord par l’arrivée de la première tablette au domicile. Puis, quelques semaines plus tard, on introduit la 2nde tablette. L’implantation se veut progressive pour que la personne puisse s’approprier les fonctionnalités de base.

Où en est DomAssist aujourd’hui ?

A ce jour, 24 personnes continuent de tester les applications sur les secteurs de Bruges (urbain), Camblanes (Péri-urbain), et Captieux-Grignols (rural). Nous balayons ainsi 3 zones différentes en termes d’urbanisation. Les résultats encourageants et le soutien financier d’acteurs publics comme la Carsat Aquitaine, le Conseil Régional, le Conseil Départemental et le Grand Périgueux, nous permettent de le déployer à l’heure actuelle. DomAssist devenu DomAssist 500 permettra de toucher de nouveaux utilisateurs, des bénéficiaires de l’APA aussi bien que des seniors en résidence privée.

Les retours des personnes âgées sont extrêmement positifs et pourtant la population n’est pas très versée dans les nouvelles technologies. Les utilisateurs (83 ans en moyenne) vivent seuls et sont un peu sensibilisés au départ, mais grâce à l’analyse des besoins faite au préalable, on arrive avec des solutions à de vrais problèmes. L’utilité de la technologie est clairement ressentie et efface la frilosité des premiers jours.

Quelles sont les perspectives pour DomAssist500 ?

Initialement orienté vers la recherche, DomAssist500 deviendra progressivement un modèle industriel. Nous souhaitons lancer une action de transfert technologique. Nous sommes en phase de création d’une start-up pour commercialiser ce qui est devenu un produit et permettre de le pérenniser. Plusieurs scénarios sont à l’étude pour la diffusion de la technologie. Cette action est conduite en étroite collaboration avec les partenaires du projet et ouverte à de nouveaux, issus du domaine du maintien à domicile, des établissements d’accueil ou plus largement de la protection sociale.